Laure Forêt – J’étais ce monstre.

«  Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est sa peau » Valéry, cité par l’artiste hors cadre.

 

Il n’y a que le blanc assourdissant ; s’y glissent, sans autre provocation d’un lieu, des segments de courbes réunis, petits et d’autant plus prégnants. Doué de vie, le trait se poursuit, comme une volubile, il s’étire en un corps d’adolescente à la chevelure si longue qu’elle atteint ses pieds et si importante qu’elle cache tout au long le visage. La ligne ne portraiture pas une personne particulière, elle façonne la métonymie de toutes  les inquiétudes du devenir femme et son  plaisir indissociable à l’être.  Le geste est à la découverte de soi jusqu’à l’intime, la main se fait son chemin jusqu’au sexe imberbe qui frétille comme un petit poisson ; le pubis se couvre de lignes-poils envahissantes, écho de la gêne de ses changements  sexuels.

En étapes, le dessin a suivi cet élan animé d’une autogénèse ; la forme s’est close sur elle-même ;  d’où est sorti un appendice, qui s’est avéré le pied avant une, deux mains. Le dessin en constant mouvement crée les changements. Etranges bientôt, puisqu’une troisième main caresse, puisqu’un deuxième corps au visage caché lui-aussi de ses cheveux enserre le premier qui s’y love.

Ils induisent qu’il y a toujours un double en nous, que nous sommes la jumelle de nous-mêmes et que l’une cherche à prévaloir. L’animation, en  formant ses figures dans un constant recommencement, dans le flottement, répond à ce « je » toujours en train de se faire et constamment à apprivoiser.

 

Simone Dompeyre pour Traverse Video 2016